Pour les enfants

Radis à la rescousse

On m’appelle Radis. Je dis « on m’appelle » et pas « je m’appelle » parce que je suis un cocker, et que, ne sachant pas parler, je ne peux nommer personne, pas même moi.

C’est une drôle d’histoire.

Les humains aiment que les histoires aient un début, un milieu et une fin. Moi aussi, remarquez, surtout si on me donne à manger à chaque étape. Mais comme tout est arrivé en vrai, ça n’est pas aussi simple.

Et je suis un cocker très intelligent: quand un téléphone sonne, j’aboie, pour être sûr que quelqu’un décroche. Le problème, c’est que Jeanne et Martin ne sont pas aussi malins que moi et ne comprennent toujours pas pourquoi je fais tout ce vacarme. Je ne peux rien pour eux s’ils sont un peu limités.

Bien sûr, Pierre, Marguerite et Sophie, eux, ont tout saisi depuis longtemps. Mais bon, ce sont des enfants, c’est normal.

Mon assiette était vide, ce matin-là. Oui, je dis « mon assiette » et pas « ma gamelle » car j’estime être un membre à part entière de la famille. Je rends des services (qui a retrouvé le doudou de Marguerite derrière le sèche-linge l’autre jour?) et l’on me confie des secrets que j’emporterai dans ma tombe avant de révéler.

Or tous les matins même le dimanche, Jeanne se lève, me fait sortir dans le jardin (pas besoin de préciser pourquoi) et remplit ma gamelle avec mes croquettes.

Et puis, un matin, elle ne l’a pas fait.

J’ai attendu, bien sagement. Enfin, j’ai mordillé d’impatience la pantoufle droite de Sophie, mais elle marche toujours pieds nus, alors ce n’est pas grave.

Martin a fini par surgir. Il est très grand, très maigre, et joue tout le temps avec son téléphone. Il a dit « qu’est-ce qu’il y a, le chien? » et, du museau, j’ai poussé ma gamelle vide dans sa direction.

- Ah, ça.

Il a soupiré.

- Elles sont où tes croquettes, mon vieux?

J’ai trotté vers le placard sous l’évier et me suis assis devant.

- Bon chien! Allons-y.

Martin a déversé mes croquettes, il y en avait beaucoup plus que d’habitude. J’aurais dû être content, mais où était Jeanne?

Les enfants ont déboulé. Le matin, ils me font toujours plein de câlins, j’adore ça! Mais là, ils ont dit:

- elle est où maman?

Martin a répondu:

- elle ne se sent pas bien. Elle se repose.

Et puis, très vite:

- allez vous habiller, vous allez être en retard! Vite!

Mais ce n’était pas vrai, parce que quand les enfants sont redescendus avec leurs cartables, il était encore trop tôt pour partir.

A ce moment-là Jeanne est arrivée. Elles nous a à peine regardés. Les enfants ont crié:

- Maman, maman qu’est-ce que tu as? Maman tu nous emmènes à l’école? Maman je peux inviter Stella après l’école? Et à dormir aussi? Maman il faut acheter le cadeau pour l’anniversaire de Lily!

Jeanne s’est assise, les a regardés. Elle avait les yeux rouges et l’air triste. Les enfants l’ont encerclée et se sont serrés contre elle, je ne la voyais plus, alors moi aussi je me suis glissé entre leurs jambes et j’ai posé ma tête sur ses genoux en me hissant sur mes pattes de derrière.

Jeanne s’est levée brusquement et a crié:

- mais laissez-moi bon sang, vous m’étouffez!

Et elle est remontée là-haut, sûrement dans sa chambre.

(Pour lire la suite, contactez-moi ICI)

Séverine Klein

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