Poèmes
Passage
Ne restez pas là
ça ne se fait pas
Attendre, oui
Mais pas à cet endroit
Où les gens peuvent vous voir
Et deviner
Ce qu’ils n’ont pas à savoir
Ce qu’ils sauront bien assez tôt
Les enfants surtout
Ne doivent pas rester là
Ils ne doivent pas aller au-delà de la plante verte
Qui fleurit pour rien
Personne ne la regarde
On ne regarde plus
On ne reste pas là
Dans le passage
Dans le passage
De ce chariot plein de repas
Pris aussitôt rendus
De ce brancard pour la chambre
Du fond
Dans le passage
De ce dont on ne parle pas.
(22 juin 2010)
L'absente
Les stars de cinéma, les présidents,
Les chanteurs, les idoles,
Les simples soldats, les généraux compliqués,
Tous l'avaient, de cliché en cliché
Je tiens en main la dernière
Personne pour me photographier.
Un remède à la mélancolie
J'ai tout compté, sauf tes baisers
Aucun nombre n'est assez grand
J'ai tout compté, meurt qui ment
Même tes pas dans l'escalier
J'ai tout évoqué, sait mon oreiller
Venise convoyée par ses gondoles
Amsterdam trahie par ses tournesols
Le Golden Gate aux nuages arrimé
J'ai tout regretté, juste un bref moment
Je pars. Le reste du monde m'attend
Je serai ce trait dans le ciel
Demain, je paierai en monnaies du Sud
Des colliers couleur mirabelle
Des colliers couleur solitude.
En mon absence
Quand le voyage commence-t-il
Dans le train qui se traîne jusqu'à l'aéroport
Dans les queuequeuequeuequeues
Face aux regards plus qu’amoureux de préposés zélés
Est-on déjà ailleurs, puisqu'on est quelqu'un d'autre
Non plus mère, père, endurant travailleur de la libre entreprise
Mais, suspect
Oui, je suis ailleurs dès que je tends
Ce passeport où, défigurée pour être reconnue,
il m'est interdit de sourire
Quand le voyage commence-t-il
De tout il faut se dépouiller pour que Charon m'accepte dans son esquif (si le portail sonne, il se fâche)
A l’embarquement personne n'est vraiment là
Il y a le 67F, le 34A (c'est un très très gros avion, le plus gros)
Pendant douze heures je serai un numéro
Et puis mon nom et tous mes bagages me reviendront
Après ce voyage très loin de moi-même.
Out of place
I walk through the city I got married to
She talks to me in many languages
She helps me through the day
She whispers soothing fumes and sweeps tender leaves under my feet
I keep walking
She waits for me in the dead of the night when
The sandman has flown away
He has taken care of the girls and forgotten my dry eyes
I go to the window and bathe in her quiet lights
I 'll always be there for you she says
Here is the new day I promised you
Don't be greedy. Nobody needs more than that.
Automne
Dans la rue les filles
Ont l'air trop jeunes
Pour être déjà nées
Je croise leur regard
Pressé d'arriver où je suis
Pressées d'arriver où je suis
Dans la rue les filles
Vont à pas de géantes
En disant « je »
En disant « moi »
Novembre est encore au printemps
Le froid n'est pas encore venu
Dans la rue les filles
Cavalent sans carte routière
En se trompant
En acceptant
De suivre le gré de leur pas
De suivre le gré de leur joie
Dans la rue les filles
Ne s'arrêtent pas
Le prince charmant les attend
Demain, ce jour peut-être
Poignard en main, sourire aux lèvres
De survivant il n'y aura pas
Je les regarde passer
Déjà loin, encore dans mes pensées
Le vent des morts a emporté
Les dernières feuilles
Pressées d'arriver
Là où il ne faudrait pas aller.
