Nouvelles
Des débuts de nouvelles, pour donner envie... Utilisez la page contact pour me demander la suite...
Nouvelle 1
La part du feu
« Madre vuelve de nuevo en algunos minutos, no se mueven de aquí a. » Stella s'efforçait de parler l'espagnol avec les enfants; dès que Jérémie aurait cinq ans ils marcheraient vers le Sud. Sa langue maternelle la dégoûtait désormais; bientôt, il fallait l'espérer, celle-ci serait oubliée, comme seraient oubliées la puanteur des cadavres pourrissant sur les trottoirs, la rumeur de combats à mains nues pour flacon de Clamoxyl, pour un paquet de spaghettis.
Fuir. Il y avait longtemps que Stella aurait dû s'enfuir; mais comment faire, avec deux jeunes enfants, sans voiture, dire qu'il n'était même plus possible d'en voler une, de toute façon l'essence était introuvable, elle aussi, comme le lait, les céréales, les tomates, ou les serviettes hygiéniques. Là, à cet instant, elle était sortie de sa cave, où elle s'abritait depuis quelque temps avec les garçons, pour vaquer à sa principale occupation, chercher à manger, ses autres activités étant de passer inaperçue, d'empêcher Jules et Jérémie d'aller courir dehors, et, elle ne se l'avouait pas vraiment, car c'étaient des pensées qui l'affaiblissaient, il n'était pas question qu'elle s'y abandonnât, de rêver avec rage et nostalgie au temps d'avant.
Il avait suffi de trois années, mais peut-être la dégradation avait-elle été infiniment plus lente; peut-être les signes étaient-ils là, sans qu'elle voulût les lire; de même qu'elle savait que, très loin sous ses pieds, des plaques tectoniques s'éloignaient et se chevauchaient pour provoquer de lointaines catastrophes, elle avait entendu parler de décisions, prises très haut au dessus d'eux tous, et qui avaient déclenché le chaos. Mais, son travail à elle, c'était de prévoir la journée, la semaine, pas l'avenir du monde: jour après jour, poser des perfusions, faire avaler des médicaments, annoter respectueusement les dossiers des patients des instructions des médecins et, sans même y penser, remplir placards et frigo, emmener les enfants à l'école; et encore, elle s'en souvenait avec culpabilité, manquer les infos du soir parce que c'était l'heure de lire une histoire, ignorer les infos du matin parce que son service commençait à six heures.
L'épicerie incendiée avait finalement craché un dernier trésor, une boîte de raviolis toute noire mais intacte, sans gonflement suspect. Stella s'engagea dans l'escalier de la cave en appelant Jules, Jérémie, es mí, encontré de quien comer.
Entrez, Madame, dit une voix masculine, ironique. L'homme portait un treillis et une sorte de mitraillette, c'était peut-être un militaire, mais peut-être pas, de nos jours on avait intérêt à faire croire qu'on savait se battre. Pas de Jules ni de Jérémie. Où sont-ils, essaya-t-elle de crier, mais sa voix s'étranglait toute seule, toute ses raisons, raison d'être et raison raisonnable, envolées avec eux. Ils sont en lieu sûr, dit l'homme d'un ton apaisant, tu nous donnes 100 000 euros et une voiture en état de marche et tu les récupères, pas de souci à avoir. Tout ira bien. Je reviendrai demain soir, surtout ne me suis pas, il tapota sa mitraillette.Mais comment je vais faire? Comme les autres, ricana l'homme, et c'était vrai, on enlevait les enfants, et les parents trouvaient l'argent, ou ne le trouvaient pas; les enfants étaient rendus ou, le plus souvent, ne l'étaient pas. Stella avait encore des francs, dont plus personne ne voulait, mais plus un seul euro, évidemment. Dès que l'homme fut sorti de leur cave, elle ôta ses chaussures qu'elle garda à la main, vérifia que sa seule arme, un minuscule couteau, était en place le long de son mollet droit, s'empara de son sac à dos et le suivit en se guidant grâce à la lueur de la lampe torche qu'il utilisait pour monter l'escalier. Depuis que l'éclairage public s'était définitivement éteint, chacun gardait autour du cou de quoi s'éclairer, mais les piles devenaient impossibles à remplacer. J'ai besoin d'un fusil se répéta-t-elle pour la millionième fois et, comme pour lui donner raison, une voix appela au secours dans le lointain. N'appelle pas, arrache-lui les couilles, enjoignit-elle mentalement à la victime qui criait toujours. La seule règle, c'était qu'il n'y en avait plus: on pouvait, on devait mentir, voler, tuer, tous les oeufs et tous les boeufs cuits et dévorés sans remords.
(...)
Nouvelle 2
Family Tree
Once upon a time, I used to celebrate my birthdays. I would ask friends from school to my parents' house. I would have my father make my favourite chocolate and meringue cake, so loaded with sugar that no one but me would want second helpings. I would check that the requisite number of candles had defaced the coating, though they would never yield to my first blow. And there were the presents, oh, the presents; glittering parcels, holding secret joys, maybe the only true yearning of my heart then: a box full of unknown treasures.
Those times are over now; I do not enjoy the passage of time anymore, nor expect nice surprises from it.
When I try to remember that last birthday before it all happened, I see my father's smile, his proud moustache, his cheers while I tried again to blow the last burning candles. He would hastily remove their corpses from the cake which was also his favourite, and cut desarmingly small portions for my bemused friends, so that we would eat only half of it. Then he would put away the other half, « because it is too hot down there ». We would be stuck with candy and Coke for the rest of the afternoon. Then he would entertain us with games he played in France when he was young, like « ballon prisonnier ». Twelve candles died that day.
My mother was the one taking pictures; after all, that was her trade. She shot so many pictures that I am sure there is still, somewhere, a box full of negatives waiting the red light of the dark room; because I couldn't find any picture of that day. Also, she was much more at ease with her precious Leica than with any human being, even when this human being was me, my brother Ian or above all her husband. She smiled to us (rather at us) and asked for twin smiles from us all. She would go away for weeks, hoping to shoot wars in Afghanistan or the Sahara; now she was shooting the one at home, and I could tell she would rather be elsewhere, in some rocky mountains heated by an unjudging sun. So I stood with Mila, my best friend, facing her with a deadpan face. « I am too old to smile » I said, I know, I should be ashamed but I am not. « Delphine, honey, please, these are your birthday pictures, think how you'll be glad to have them when you're my age. » She had deep wrinkles around the eyes, on her forehead, and an all-year-round tan our neighbors would frown at. That I would be her age one day, I could not apprehend; she was travelling in such a different country, whose customs I had a very dim view, and an even dimmer appetite to embrace.
I did not smile, while Mila flashed her teeth. It was certainly not about hate, or teenage disgruntlement; it was about love: such a wrenching love for my mother that I could make no concession unless it ate me all.
There had been a deal, I realize now: I would get the French name, the second child would have the American one. What would they have decided for the third?
My father worked at home. He translated books, brochures, took care of the house, fed us, checked our homework-we soon learned how low was our academic level compared to the French pupils'- refused to practice any sport and viewed our own hobbies-football, swimming- as little more than wasted time. Yet, he understood being part of a team was all the American education was about; though, he would rather have me read books, preferably in foreign or dead languages, all day long than try to win the school swimming championship. Now I have given up swimming, among other things.
His name was Jean-Pierre Dumontier and he always spoke French with us; my mother would speak in English and he would answer in his own mother tongue. He was very strict about his children using French with him, even simple requests such as « Please give me the salt » were ignored if said in the wrong language. While I was growing impatient with it, Ian happily went along; anyway he was a happy kid, the kind who charms his way through life by lack in confidence in his brains.
Of course, at the beginning of the 80's, my parents were the talk of the white-church going-mother at home-suburbs we lived in; my friends 'mothers were utterly embarrassed, as they could not ask my father to bake cakes for the school fair nor to sew costumes for the Midsummer Night's Dream play. He could not be invited to have coffee in the afternoon, unless the hostess did not mind everyone would talk about it; I think my father had many many more affairs in those women's minds than most men in their entire life.
