La vérité peut attendre, roman

Editions du Seuil - Encore disponible en vente en ligne:

La vérité peut attendre a été choisi comme livre du mois par le magazine en ligne des éditions Hibouq.

Le site d'agents hollywoodiens www.writemovies.com lui a attribué en 2000 la troisième place dans son concours de romans adaptables au cinéma.

Extraits et critiques ci-dessous.

Quatrième de couverture

Georges Guillemin est mort. Le corps du Président a été retrouvé dans les jardins de l'Élysée, deux balles dans la tête.

Mystère privé, mystère public, dissimulation, trahison, amours malheureuses, questions sans réponse.

J'ai voulu mener cette enquête quand c'était encore possible ; d'abord auprès de Charlotte, la nourrice, qui fut au commencement, parce qu'elle pouvait mourir d'un instant à l'autre ; par ses mots jamais dits ni écrits, elle m'a révélé ce que les autres taisent : la vérité peut attendre.

Les autres : Célia, me confiant sa version de la vie de son amant de l'Occupation à mai 68, Célia, élégante, ridée, bienveillante, dont j'aurais aimé être l'amie; François, le cousin du Président, son compagnon d'adolescence, le garçon perdu, le fantôme de ses vieux jours ; l'Épouse avec un grand E, victime de ses propres manipulations ; mon frère enfin, lié à Georges Guillemin jusqu'à devenir son Premier Ministre.

Je suis maintenant leur voix, celle de leurs histoires, celle d'une histoire française du vingtième siècle.

Extraits

Un certain mois de mai, Georges Guillemin est élu président...

Le même mois de mai, jardin de l'Elysée:

Georges Guillemin est retrouvé mort, assassiné.

Deux balles dans la tête.

LA PAROLE AUX TEMOINS

Charlotte Le Séac'h

Entretien avec Brigitte Tarrigrand, journaliste au Républicain du Midi, 29 mai

Taisez-vous donc. Il n'y a que moi qui peux en parler. Qui n'a pas tenu le nourrisson sur la table à langer pour lui nettoyer les fesses n'a rien à dire sur l'homme qu'il devient. Je les connais, vos questions. Si vous croyez qu'elles vous mèneront quelque part... Comme je dis toujours, c'est pas en regardant le cul de la poule qu'on comprend comment est fait l'oeuf.

Mais laissez-moi parler. Il est mort, oh, il est mort. Je peux pas le croire. Georges, j'ai si souvent cru que je l'avais perdu, que c'était fini, et toujours il est revenu, et il a eu besoin de moi, la vieille Charlotte. Oh oui, moi, je sais qui il est. Je me souviens de tout.

Mémoires de François Callec

Date de rédaction inconnue ; document remis à B. Tarrigrand par Mme Rolande Guillemin.

Pour mon malheur, je découvris son caractère bien plus lentement que son physique.

Sur les conseils de mon père, alors sous-directeur au Finances, monsieur Guillemin avait inscrit Georges à Louis-le-Grand, à deux pas de chez nous. Au début, Georges se montra taciturne. Son cartable battant ses jambes un peu courtes, il s'en allait au pas de course chaque matin. Ses horaires étaient réguliers. Il ne demandait jamais la permission de sortir le soir. Très poli, il m'ignorait entièrement. Bien qu'étant dans une classe moins avancée, j'appris cependant que son teint hâlé et son vocabulaire provincial lui valaient les quolibets de ses camarades parisiens. Jamais il n'en parla. Il travailla d'arrache-pied, si bien qu'à la Noël ses résultats firent taire les moqueurs et excitèrent les envieux.

Journal de Pierre-Antoine Tarrigrand,

18 septembre 1963

Il s'est arrêté, a demandé : - Est-ce qu'il vous parle de moi, parfois ? Je l'ai regardé sans répondre. Oui, il parle de son père. Il en parle avec mépris, condescendance. Il le voit comme un homme dépassé, qui poursuit une carrière médiocre dépourvue de but noble, qui ne comprend plus l'époque. Je ne suis pas d'accord. Il la comprend très bien. Il ne l'aime pas, c'est tout. GG n'a pas attendu ma réponse. Il a su, je pense, qu'il était allé trop loin ; ainsi que je l'ai déjà vu faire avec d'autres, il a trouvé dans l'instant un autre moyen de me conduire à lui réaffirmer ma loyauté : - Je compte me présenter à la prochaine élection présidentielle. M'aiderez-vous ?

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20 février 1971

L'autre jour, un homme m'a reconnu.

- Vous avez fait l'Algérie, m'a demandé avec brusquerie ce tourneur-fraiseur, quarante ans, chauve, intense.

J'ai dit non, que j'étais trop jeune. Je savais que j'avais tort de mentir. Je n'ai pas pu m'en empêcher. Il a insisté :

- Ah ? J'aurais juré… Secteur de Bou-Saâda, wilaya 6 ? Fin 61 ?

- Non. Je ne vois pas.

L'homme m'a dévisagé. - Vous étiez aspirant. Je me souviens. Vous avez disparu… Qu'est-ce qui s'est passé ? Mon lieutenant ?

J'ai fait mine de partir : - Ce sont de vieilles histoires. Il ne sert à rien d'en parler.

- Vous aussi, vous en rêvez la nuit ? Moi, j'ai ce cauchemar, sans arrêt : un hélico me pose dans le djebel, la nuit, sans fusil ni rien, et je dois rentrer à pied à la base. Il y a des fellouzes partout, je les entends, je me réveille au moment où je vois leurs yeux qui brillent comme ceux des chats… Pourquoi vous dites qu'il faut plus en parler ? Moi, je veux en parler, même si je me trompe et que vous y étiez pas, ou que ça vous est égal. C'est des gens comme vous qui nous ont envoyés là-bas, non ? Alors c'est normal que vous m'écoutiez.

J'ai hoché la tête. Bien sûr que j'ai des cauchemars. Je ne les ai racontés à personne, pas même à toi, Emile.

- Vous avez raison. Je ne sais pas pourquoi j'ai dit ça.

On a fini notre bière en silence. Quand je suis parti, il m'a dit :

- Portez-vous bien, mon lieutenant.

Une voix de plus.

Marcellin Rouard

Entretien avec Brigitte Tarrigrand, journaliste au Républicain du Midi, le 30 mai

Guillemin nous écoutait parler entre nous de la fatigue qui nous serrait les reins au petit matin quand on se tassait à la porte de l'usine, avec les dents toutes grinçantes du bruit de la sirène ; du contremaître, qui devait nous engueuler qu'on fasse bien ou mal notre travail ; ceux qui venaient de la cambrousse se moquaient de nous, de quoi vous pleurnichez, au moins vous êtes au chaud, vous travaillez pas le samedi, le dimanche, nous les quarante heures, c'est quand on a la fièvre. Quand on allait se cogner, Guillemin se mettait à parler, il faut être unis devant l'ennemi ; ça, on pouvait pas dire le contraire. Y nous interdisait de parler politique, c'est pas avec vos bulletins de vote que vous allez vous battre, y disait. C''est-y que vous êtes pas pour la démocratie, Leguez lui avait demandé, un CGT de chez Renault. Mais elle nous a menés à la guerre, la démocratie, qu'il avait répondu. C'est drôle, hein, quand on voit ce qu'il est devenu...

Roger Sandeau, conseiller du président de la République

Entretien avec Brigitte Tarrigrand, journaliste au Républicain du Midi

La littérature, le Négus, le professeur Jèze, nos chahuts de fac de droit, tout cela était bien loin derrière nous, quand je revis Georges. C'était après son évasion ; moi, je n'avais pas changé malgré les années, alors que Georges s'était retiré à l'intérieur de lui-même, ayant cadenassé porte après porte, nous laissant tous dehors. Tous, sauf une inconnue dont il était tombé amoureux dans des circonstances qu'il se refusait à raconter. Parlant d'elle, il me récitait un cantique des cantiques de son cru, d'où il ressortait que la jouvencelle avait de longs cheveux noirs, des yeux également noirs et l'habitude de transporter des explosifs d'un bout du pays à l'autre, ce qui la rendait à mes yeux extrêmement suspecte de gaullisme sinon de communisme.

Mémoires de Célia Berg,

Contre la Bête, Editions de La Tour, 1947

Je découvris ainsi que Georges travaillait au recensement des juifs. Je tenais la lettre en main, qui émanait de la préfecture de police de Paris, et qui lui était adressée personnellement : "Conformément à vos instructions en date du..." ... l'homme qui avait transporté mes explosifs sans mot dire ne pouvait participer en connaissance de cause à ces crimes. Je ne révélai rien des lettres adressées à Georges et décidai d'avoir une explication avec lui. Peut-être qu'il ne savait pas. Peut-être qu'on l'avait obligé. Peut-être qu'en réalité, il travaillait à la même cause que moi. Peut-être. (...)

Quelques jours après nos retrouvailles, Georges me donna rendez-vous par le code d'urgence, un papier de couleur rouge, glissé dans une enveloppe déposée dans ma boîte aux lettres.

- Les Allemands ne veulent plus de Vallat aux Questions Juives. Darquier va le remplacer. C'est un enragé.

Il était très pâle. Il bégayait un peu, lui si éloquent.

- Les fichiers ?

- Quelque chose se prépare en zone occupée. Il faut prévenir le plus de gens possible. Ton réseau peut agir ? Faire passer des avertissements ? Il savait donc que j'appartenais à la Résistance. Combien d'autres étaient au courant, à part lui ?

1. -Il y a déjà eu une rafle en mars, à Paris. Ils ne sont pas satisfaits, ils ont ramassé trop peu de monde. Il faut agir très vite.

Critiques littéraires

La Montagne, 5 mai 2000, article de Hervé Moisan (extraits):

Titre: Une "histoire française" troublante et iconoclaste

"En publiant La vérité peut attendre, son premier roman, la moulinoise Séverine Klein frappe un grand coup; sous prétexte de raconter une histoire bien française, celle des cinquante dernières années, elle pioche sans vergogne et avec une certaine jubilation dans la vie ô combien romanesque du président Mitterrand. (...)

On ouvre l'ouvrage et là, première surprise: quelques lignes nous apprennent que le corps sans vie du président de la République, baptisé Georges Guillemin pour l'occasion, vient d'être retrouvé dans les jardins de l'Elysée avec deux balles dans la tête, quelques jours après son élection en 1981! Commence alors, pendant plus de 300 pages, un étrange retour en arrière sur la vie du président défunt, récit à plusieurs voix des différentes personnes qui ont croisé le futur président et ont, pour la plupart, succombé à son charme.

Construite comme un scénario de film, cette "histoire française" se lit comme un polar avec son lot de coups de théâtre, de trahisons, de drames et d'amours contrariées jusqu'au dénouement final, un morceau d'anthologie dont il faut préserver le secret. (...)

A chaque page, ce mélange d'épisodes conformes à la vérité historique et d'événements inventés par l'auteur crée une curieuse impression qui reste la force de cet ouvrage troublant qu'il serait vain de limiter à une provocation: ce premier roman est aussi une réflexion sur le pouvoir, sur la lucidité et parfois le cynisme qu'il faut manifester pour l'exercer, et sur la fidélité, ce ressort irrationnel qui tient parfois plus aux circonstances qu'aux seuls liens du sang."

Biba

Livres d’été

La vérité peut attendre

Séverine Klein

Article de Romain Bassoul

« Le corps du président Guillemin, criblé de balles dans le parc de l’Elysée, trois jours après son élection, ça fait désordre. Et incite à fouiner un peu dans son passé à tiroirs : l’extrême-droite, Vichy, la Résistance, moult maîtresses et des enfants partout (ça ne vous rappelle rien ?). Sur cette intrigue à polar, Séverine Klein bâtit un roman rigoureux et zarbi, fait de documents bruts et de morceaux d’enquêtes. Au lecteur de ne pas prendre les fausses clés pour des vraies. Un petit jeu stimulant pour tester ses connaissances en histoire du XXème siècle, abordé par sa face cachée, bien sûr. »

L'Hémicycle

La vie quotidienne des élus du Parlement

Article de Alexia Delrieu

"A la vue de la couverture, on ne peut s'empêcher de soupirer : encore!... tellement la silhouette de cet homme au feutre s'est vue en librairie ces derniers temps. Et pourtant, La vérité peut attendre ne manque pas de nous surprendre, par l'originalité de sa construction, par sa qualité littéraire et par son intrigue. "Georges Guillemin ets mort. Le corps du Président a été retrouvé dans les jardins de l'Elysée, deux balles dans la tête." Au fil des pages, le rideau se lève sur l'histoire aux mille facettes de cet homme et de cinquante années d'histoire de France. Interviews, confidences, déclarations de proches, d'amis et de faux amis nous dévoilent le passé de ce Président de la République si familier. Vrai, faux, qu'importe, ne dit-on pas qu'il y a autant de vérités que d'hommes... Si la vérité peut attendre, je vous conseille de vous ruer sur celle de Georges Guillemin."


Séverine Klein

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